Koshino-House-Tadao-Ando-eglise-lumiere-ombre-expressionisme-metropolis-lang

Une des principales caractéristiques de l’expressionnisme allemand est, sans conteste, son jeu d’ombre et de lumière si particulier. Il n’est pas sans nous faire penser à l’oeuvre de Tanizaki (« L’éloge de l’ombre »(1)), où ce dernier n’hésite pas à décrire l’ombre comme une composante aussi importante que la lumière.

Cette esthétique de l’ombre et de la lumière est depuis longtemps ancrée dans les moeurs japonaises, elle se ressent notamment chez Tadao Ando. La Koshino House (Ando, 1979-1984) n’hésite pas à plonger l’habitant dans certaines zones d’ombre, dans une sérénité et un calme spirituel. Pour L’église de lumière (Ando, 1987-1989) l’architecte nippon joue avec de légères fentes et un contraste entre lumière et ombre pour sacraliser ce lieu où le béton et les bancs en bois sont les seuls ornements(2).

monument-neuen-Gesetzes-Brunaut-Taut-metropolis-fritz-lang-lausanne- Tschumi

L’esthétique d’ombre n’est bien sûr pas le seul rapprochement possible entre le cinémaallemand des années vingt et l’architecture moderne. La relation entre Le monument des neuen Gesetzes (Brunaut Taut, 1919) et la tour du maître de Metropolis (1927) n’est pas sans relations formelles et symboliques(3), mais notons surtout plus récemment l’influence de ce film sur Bernard Tschumi dans son projet à Lausanne (Bridge City, 1988-2001). L’étude préalable met en exergue la carence relationnelle entre le haut et le bas de la ville. Dans la proposition de l’architecte, une série de ponts, un développement de la troisième dimension et des obliques joignent la ville des nantis et celles des classes ouvrières(4).

musée-juif-Berlin-Daniel-Libeskind-expressionnisme-allemand-robert-weine-caligari
Dans le même temps, nous pouvons rapprocher Daniel Libeskind et l’esthétique du film de Robert Wiene (Le cabinet du docteur Caligari, 1919). Libeskind tout comme Wiene utilise l’architecture comme un moyen de communication des sentiments tels que la peur, l’angoisse, la folie… Avec Le musée juif de Berlin (Libeskind, 1993-1998), l’architecte d’origine polonaise et juive tente de faire ressortir les sentiments d’un peuple mutilé. Les diagonales violentes et les fentes lumineuses sont à l’image leurs cicatrices irréparables. Soulignons la vision angoissée de Wiene tel un avertissement au changement incontrôlable de son temps et l’image pratiquement identique de la forme architecturale de D. Libeskind.

Le cinéma n’est pas juste une vision du présent, mais aussi du futur, un avertissement, une mise en garde…

Auteur :

Izzo Jean-Michel (architecte)

Sources :

1. TANIZAKI J., « L’éloge de l’ombre », Traduit par SIEFFERT R., Publications orientalistes de France, 1977
2. FURUYAMA M., « Ando », Taschen, 2006
3. MICHAUD P-A., BAJAC Q., MIGAYROU F. et al., « Le mouvement des images », Centre Goeorges Pompidou, 2006, p. 40.
4. FORLANTE V., « Du ciné à l’archi », (TFE) ISAI Mons, 2006-2007, p. 13.

 

Images :

1. Koshino House de Tadao Ando, »White Dickson architects » [en ligne]. Adresse URL : http://whitedicksonarchitects.blogspot.com/2011/09/koshino-house-1980-1984-tadao-ando.html, (visité le 08/03/2012).

L’église de lumière de Tadao Ando, « Kurotokage » [en ligne]. Adresse URL : http://kurotokage.blogspot.com/2008/07/notre-dame-de-la-pisniche.html, (visité le 08/03/2012).

Capture d’écran de film,

LANG Fritz (réalisateur), POMMER E. (producteur), (1927), Metropolis, [Blu-Ray], Allemagne : UFA.

2. Metropolis de Fritz Lang, Numérisation : MICHAUD P-A., BAJAC Q., MIGAYROU F. et al., « Le mouvement des images », Centre Goeorges Pompidou, 2006, p. 40.

Le monument des neuen Gesetzes de Brunaut Taut, Numérisation : MICHAUD P-A., BAJAC Q., MIGAYROU F. et al., « Le mouvement des images », Centre Goeorges Pompidou, 2006, p. 40.

Metropolis de Fritz Lang, « France tv » [en ligne]. Adresse URL : http://www.francetv.fr/culturebox/metropolis-le-chef-doeuvre-de-fritz-lang-redecouvert-3339, (visité le 08/03/2012).

Projet à Lausanne de Tschumi, « Tschumi » [en ligne]. Adresse URL : http://www.tschumi.com/projects/31/, (visité le 08/03/2012).

3. Le musée juif de Berlin de Daniel Libeskind, « Home Scarlet » [en ligne]. Adresse URL : http://home.scarlet.be/~tpm77885/cahiers%202007/cahier12%202007.html, (visité le 08/03/2012).

Le musée juif de Berlin de Daniel Libeskind, « Explorations architecturales » [en ligne]. Adresse URL : http://www.explorations-architecturales.com/data/new/fiche_1.htm, (visité le 08/03/2012).

Capture d’écran de film. WIENE Robert (réalisateur), MEINERT R. (producteur), (1919), Le cabinet du docteur Caligari, [Dvd], Allemagne : Metro Goldwyn Maye.