edwar-aux-mains-argent-tim-burton-chateau-escalier-citePrenons l’exemple dEdward aux mains d’argent et de ses maisons : les habitations du quartier sont identiques, bien alignées, avec un jardin bien entretenu; ce quartier est à l’image de la banlieue où a vécu Burton dans son enfance, Burbank. Comme toutes les banlieues de Los Angeles, ces quartiers se sont développés très vite et sur un modèle de la mobilité automobile. Les maisons se ressemblent et ne dépeignent aucun trait personnel de l’habitant. Pour Edward aux mains d’argent, Tim Burton a choisi de peindre d’une couleur pastel différente chaque logement de ce quartier. Malgré cette différenciation, les logements manquent de personnalité -en sachant qu’en réalité les demeures sont généralement blanches- ceci accentue la critique de la société américaine standardisée où le manque d’identité personnelle est général.

« L’un des grands thèmes pour moi était de montrer un environnement familial dans une certaine banlieue où vous ne savez jamais vraiment ce que ressentent les gens. Il n’y avait pas vraiment, à l’extérieur de chacun, des indices émotionnels. […] Les choses étaient toujours très superficielles, d’après mes souvenirs. Vous n’aviez jamais l’impression que les choses pouvaient aller plus loin. Tout restait superficiel. Je me souviens avoir pensé, en regardant Frankenstein et les villageois en colère, que cela me rappelait des choses qui se passaient dans le quartier, car on avait l’impression qu’on ne pouvait jamais voir le côté individuel ou émotionnel des choses »(1) (T. Burton).

De l’autre côté, nous pouvons admirer un château gothique où vit notre protagoniste. Ce château est influencé par l’expressionniste allemand par ses fenêtres difformes et sa tonalité sombre.

maison-interieur-grenier-edward-scissorhand-burton-architectureLa demeure se divise en deux parties : d’une part le château proprement dit sombre, mais qui apparaît finalement plus chaleureux que l’intérieur des villas standardisées de la banlieue (murs intérieurs blancs). Tout y est tortueux, l’imbrication des pièces y est plus difficilement lisible que dans les villas de la ville. Comme l’esprit d‘Eward ou de Burton, ce lieu est difficilement accessible.

D’autre part nous trouvons dans la deuxième enceinte du château, le jardin secret de notre artiste, envahi de gigantesques topiaires et autres sculptures.
Nous sommes ici en présence d’une représentation du microcosme psychologique d’Edward
et par extension celui de Tim Burton. Le macrocosme psychologique, lui, s’applique à la société avec son organisation linéaire (personne ne sort de ses limites parcellaires), sa standardisation et part la même occasion sa déshumanisation.

charlie-chacolaterie-factory-monde-merveilleux-burton-architecteLe rapport entre l’habitat et l’habitant se retrouve dans Charlie et la chocolaterie où le jeune Charlie vit dans une cabane percée de part en part. La perméabilité du logement peut être assimilée au caractère principal de notre jeune héros, la bonté et le partage. Le côté tordu offre une différence indéniable aussi bien entre la maison et la ville qu’entre Charlie et les autres enfants, seul à être bon, gentil et respectueux.
De l’autre côté, Willy Wonka nous révèle l’intérieur de son usine, ou plutôt son univers intérieur, sa folie et son monde merveilleux remplis de friandises et autres gourmandises.

Alors que l’usine est vue par les ouvriers comme un endroit sombre et triste, Willy Wonka voit sa fabrique comme un monde merveilleux où il peut laisser libre cours à son imagination (encore une fois l’artiste ne peut vivre dans le monde réel, dans la ville il est obligé de vivre reclus dans son château). Comme le cinéaste l’a admirablement démontré dans Big Fish, tout est affaire de point de vue.

Patrice Blouin nous propose sa vision : « Cette chocolaterie offrant à tous les étages et dans les moindres recoins d’incessantes sucreries ressemble, en effet, d’un peu trop près aux huit mille chaînes de la télévision câblée. Et l’ascenseur de verre multidirectionnel, menant ses passagers d’un point à l’autre de l’usine, n’est qu’une grosse télécommande, à peine déguisée, permettant de zapper, en toute tranquillité, parmi la multitude innombrable des programmes offerts » (2).

Auteur :

Izzo Jean-Michel

 

Sources :

1. Sous-titrage des commentaires de Tim Burton par ANDONOSKI T. dans BURTON Tim (réalisateur), BURTON T. et DI NOVI D.
(producteur), (1990), Edward aux mains d’argent, [Blu-Ray], États-Unis: 20th Century Fox.

2. Les InRocks : Hors séries, « Tim Burton : Des mondes & des monstres », 2012, p. 56.

 

Images :

1. et 2. Captures d’écran de film; BURTON Tim (réalisateur), BURTON T. et DI NOVI D. (producteur), (1990), Edward aux mains d’argent, [Blu-Ray], Etats-Unis : 20th Century Fox.

3. Captures d’écran de film; BURTON Tim (réalisateur), GREY B. et ZANUCK R. (producteur), (2005), Charlie et la chocolaterie, [Blu-Ray], Etats-Unis :Warner Bros. Pictures.

 

Autres ouvrages :

DE BAECQUE, A., « Tim Burton« , Cahiers du cinéma, 2010.

EISENREICH P., « Tim Burton », Editions Scope, Collection Positif, 2008.

FERENCZI A., « Tim Burton », Cahiers du cinéma, Masters of cinéma, 2010.

GALLO L. KEMPF H.C., « L’art de Tim Burton », Los Angeles : Steeles Publishing Inc., 2009.

HE J., MAGLIOZZI R., « Tim Burton« , Museum of Modern Art, 2010.

VERDOUX F., « Tim Burton », Sonatine, 2009.

 

Revues :

DADA, « Tim Burton », Arola, No 171 février 2012.

Eclipses, « Tim Burton : Demons et Merveilles », No 47 2010.