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Telle une image de l’état d’âme de son héros, la ville est sombre et ténébreuse tiré entre la dualité du bien et du mal, du clair-obscur… Encore une fois Tim Burton nous surprend avec un héros sombre et effacé face à son adversaire extraordinairement coloré. À la noirceur de Batman s’oppose la couleur du Joker, à la vie triste du citoyen répond l’éclat de l’art. De nouveau le cinéaste se penche sur la place de la couleur, de l’art dans un monde où tout est standardisé, sans personnalité ni coloris -Tim Burton fut fortement restreint et contrôlé lors de la production du premier opus de Batman par les studios hollywoodiens-.

Le monstre incompris est ici le Joker (hormis son sourire d’ange et sa peau blanchie). Contrairement au monstre Burtonien, ses déformations physiques sont plutôt internes qu’externes.

Dans ce film, le monstre c’est l’artiste qui veut faire autre chose, ce qu’il lui plait, mettre de la couleur à toutes les sauces. Il est vu comme un monstre par la société qui ne peut l’accepter par sa différence, comme Edward, Catwoman, le pingouin. Le héros est alors un homme solitaire rongé par la haine et la vengeance.
Le vrai monstre n’est en fait qu’un simple humain (Batman, le défi; 1992), un homme avide de pouvoir et prêt à tout pour cela. Max Shrek est la preuve de la monstruosité de l’homme, il est mauvais, mais ressemble à tout un chacun. Il démontre ainsi que la monstruosité n’est pas une question d’apparence, mais bien de choix personnels (la soif de pouvoir, l’avidité…) En chacun de nous, un monstre sommeille, c’est ici que la peur atteint son paroxysme, dans la révélation du vrai monstre détruisant notre individualité, la société moderne.
En 2008 Christopher Nolan nous propose sa vision du Joker, plus réaliste à la peau rosée et grimé de véritable cicatrice. On comprend davantage le choix originel de Burton de jouer sur un récit symbolique. Nolan nous présente une version où la question de l’artiste est complètement effacée au profit du combat entre Batman et Joker. « Le Joker de Burton était un dandy, une figure parodique, un méchant festif qui voulait hisser le crime au rang des beaux-arts (l’anthologique scène de musée où il éclaboussait de peinture colorée des Rembrandt, dessinait des moustaches aux danseuses de Degas épargnant seulement Bacon) »(1).

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La structure de la ville.

Gotham City est structurée verticalement en bas. Au niveau de la rue se situent le peuple, les criminels… la masse populaire.

Au-dessus des immeubles, dans les plus hautes tours, nous retrouvons les dirigeants machiavéliques de la cité : Max Shrek, les dirigeants des plus grosses sociétés de la ville, dont Bruce Weine

Le sous-sol est dédié à Batman et son monde personnel, sombre et inaccessible.
Cette structure se rapproche fortement de celle de Metropolis de Fritz Lang : les dirigeants se situent au plus haut et la masse en bas.
Alors qu’ils étaient dans les catacombes, les ouvriers se retrouvent dans les rues, mais la situation n’a guerre changé, les rues sont aussi noires que les sous-sols. La seule différence est une criminalité grandissante alors que dans le film de Lang tout le monde est ouvrier. Batman laisse la place aux meurtres et autres crimes (Assassinat des parents de Bruce dans les rues de Gotham). Le film de Burton se rapproche encore un peu plus
de la structure actuelle new-yorkaise.

Les sous-sols sont quant à eux réservés à un monde sans vie, non plus celui des ouvriers, mais celui de l’homme chauve souris…

Auteur :

Izzo Jean-Michel (architecte)

 

Sources :

1. Les InRocks : Hors série, « Tim Burton : Des mondes & des monstres », 2012, p. 76.

 

Images :

Captures d’écran de film; BURTON Tim (réalisateur), GUBER P., PETERS J., MELNIKER B. et USLAN M. (producteur), (1989), Batman, [Dvd], États-Unis : Warner Bros.

Capture d’écran de film; LANG Fritz (réalisateur), POMMER E. (producteur), (1927), Metropolis, [Blu-Ray], Allemagne : UFA.

 

Autres ouvrages :

DE BAECQUE, A., « Tim Burton » , Cahiers du cinéma, 2010.

EISENREICH P., « Tim Burton », Editions Scope, Collection Positif, 2008.

FERENCZI A., « Tim Burton », Cahiers du cinéma, Masters of cinéma, 2010.

GALLO L. KEMPF H.C., « L’art de Tim Burton », Los Angeles : Steeles Publishing Inc., 2009.

HE J., MAGLIOZZI R., « Tim Burton« , Museum of Modern Art, 2010.

VERDOUX F., « Tim Burton », Sonatine, 2009.

 

Revues :

DADA, « Tim Burton », Arola, No 171 février 2012.

Eclipses, « Tim Burton : Demons et Merveilles », No 47 2010.